Cette page expose ce que montrent les documents sur l’attentat contre l’hôtel King David. Elle s’appuie sur les archives du gouvernement britannique, les récits de l’Irgoun lui-même, les déclarations de l’Agence juive et de la Haganah, des sources et mémoires palestiniens, et deux ouvrages d’histoire fondés sur les archives et sur des entretiens.
Lorsque les sources concordent, le fait est énoncé sans détour. Lorsqu’elles divergent, chaque version est présentée sous le nom de celui qui l’a donnée, si possible dans ses propres termes. Les petits chiffres renvoient aux sources, en bas de page.
Le King David était le grand hôtel de Jérusalem et, à partir de 1938, le centre du pouvoir britannique en Palestine. En octobre de cette année-là, l’armée britannique a installé son quartier général au dernier étage. Un mois plus tard, le gouvernement de Palestine a pris des locaux dans l’aile sud pour y installer son Secrétariat.
À partir de 1939, moins d’un tiers des chambres de l’hôtel sont restées à sa disposition. Il est resté ouvert au public. Des Britanniques, des Arabes et des Juifs travaillaient dans le bâtiment.16,17
Moshe Sneh, chef du commandement national de la Haganah, écrit à Menahem Begin, commandant de l’Irgoun, et au Lehi, pour leur donner instruction d’attaquer l’hôtel et une seconde cible dès que possible. À cette époque, la Haganah, l’Irgoun et le Lehi agissaient ensemble au sein du Mouvement de la résistance hébraïque.
Selon Begin, la Haganah espérait que les bombes détruiraient les documents emportés des bureaux de l’Agence juive le 29 juin, qu’elle pensait conservés à l’hôtel.8,16,17
La Haganah demande à Begin un report : par l’intermédiaire d’Israël Galili le 17 juillet, puis par des notes de Sneh datées des 19, 20 et 22 juillet.
Clarke reproduit ces notes et écrit que le comité de l’Agence juive disposant d’un droit de veto sur les actions de la Haganah avait voté, par trois voix contre deux, l’annulation de l’attaque, et que l’on avait seulement dit à Begin de la reporter. Lapidot fait état d’une demande de report et de la note du 19 juillet.8,16
Une petite bombe explose dans la rue, devant une boutique située en face de l’hôtel. Des passagers d’un autobus qui passait sont blessés. L’inspecteur de police de service consigne l’heure : 12:20 précises, et déclenche les sirènes de la ville.16,17
Le premier rapport officiel, lu à la Chambre des communes le lendemain, situait cette bombe avant l’arrivée du camion et indiquait qu’elle n’avait « pratiquement causé aucun dégât ».1 Le but de cette bombe est contesté.
Quatre-vingt-onze personnes ont été tuées. Clarke et Hoffman en donnent la répartition suivante : quarante et un Arabes, vingt-huit Britanniques, dix-sept Juifs, deux Arméniens, un Russe, un Grec et un Égyptien.16,17 Le récit de l’Irgoun et l’Institut des études palestiniennes donnent les mêmes chiffres pour les trois groupes les plus nombreux.7,11 Les Arabes formaient le groupe le plus nombreux parmi les morts.
Clarke dénombre 21 hauts fonctionnaires du gouvernement, 13 militaires, 3 policiers et 5 particuliers. Les 49 autres étaient des employés de bureau, des dactylographes et des coursiers, du personnel subalterne du Secrétariat, des employés de l’hôtel et du personnel de la cantine.16 Hoffman fait état de seize hauts fonctionnaires et d’une douzaine de femmes parmi les morts.17 L’Institut des études palestiniennes décrit les morts comme « 91 fonctionnaires et visiteurs civils ».11
Parmi les personnes nommées dans les sources : Atallah Mantoura, que Clarke présente comme le deuxième fonctionnaire arabe du gouvernement par le rang ; Hilda Azzam et Eugenie Markarian, dactylographes au Secrétariat ; Nadia Wahbe ; Ibraheem Farraj ; Julius Jacobs, le plus haut fonctionnaire juif de Palestine, et Victor Levi, des services du secrétaire aux Finances ; les administrateurs coloniaux Roderick Musgrave, Brian Gibbs, George Farley et Bernard Bourdillon ; le sergent-major de compagnie Leonard Adams, du Royal Corps of Signals.5,12,16
Les chiffres du gouvernement faisaient état de 53 blessés le 23 juillet et de 46 le 31 juillet. Des récits ultérieurs en donnent davantage : 69 selon Audeh, « près de soixante-dix » selon Hoffman.1,2,12,17 La plaque apposée à l’hôtel en 2006 fait état de quatre-vingt-douze tués. Ce chiffre inclut le membre de l’Irgoun qui a trouvé la mort.17,18
Dans des affiches placardées à Tel-Aviv le 23 juillet, telles que Clarke les reproduit, l’Irgoun déclarait : « Les avertissements par téléphone ont été donnés entre 12:10 et 12:15, de sorte que les Britanniques disposaient de 22 minutes pour évacuer le bâtiment et que, par conséquent, toute la responsabilité incombe aux Britanniques ».16
Sa déclaration aux correspondants étrangers, telle que l’a rapportée la Jewish Telegraphic Agency, indiquait : « L’avertissement a été donné 27 minutes avant l’heure prévue de l’explosion. »6 Dans The Revolt, Begin faisait état de « vingt-cinq ou vingt-sept minutes ».10,17
Le Bureau d’information du gouvernement a démenti qu’un quelconque avertissement ait été reçu par une personne investie d’une autorité. Le rapport de police situait l’avertissement adressé à l’hôtel deux minutes avant l’explosion, l’appel au consulat de France cinq minutes après celle-ci, et l’appel au Palestine Post également après.4,16
La déclaration du Premier ministre devant la Chambre des communes, le 23 juillet, ne mentionne aucun avertissement.1
À partir d’entretiens avec le personnel de l’hôtel, le standardiste du Palestine Post et la personne qui a passé l’appel, Clarke conclut que le premier avertissement est parvenu au standard de l’hôtel au moins dix minutes avant l’explosion et au consulat de France à 12:27, et que les avertissements ont été « reçus puis ignorés, non par sir John Shaw mais par Emile Soutter », le directeur adjoint de l’hôtel, « et d’autres ».
Il rapporte aussi le témoignage d’un employé de l’hôtel, selon lequel le directeur a téléphoné au quartier général de l’armée situé dans le bâtiment et s’est vu répondre par un officier britannique, qu’il n’a pas nommé, de ne pas évacuer ; et celui d’un sergent-chef, selon lequel les employés de bureau de l’étage de l’armée ont reçu la consigne de se rassembler près de l’escalier principal au cas où une évacuation serait ordonnée.16
À partir des archives britanniques et américaines, Hoffman écrit que le premier appel « semble avoir été passé à l’hôtel à 12:27 », et que le second a été transmis par le standardiste du Palestine Post au standard de l’hôtel à 12:32.
Il conclut que l’information « n’a jamais été transmise à temps à Shaw ni à aucune autre personne investie d’une autorité », que les affirmations de l’Irgoun faisant état de vingt-deux à trente minutes « n’ont jamais été prouvées », et qu’il en va de même des historiques de l’armée britannique qui situent l’avertissement une minute ou moins avant l’explosion.17
Sir John Shaw était secrétaire en chef du gouvernement de Palestine. Begin a écrit que, dans la nuit du 23 juillet, Israël Galili, de la Haganah, lui avait dit qu’un haut fonctionnaire britannique, que l’on pensait être Shaw, s’était vu transmettre l’avertissement et avait répondu qu’il était là pour donner des ordres aux Juifs, et non pour en recevoir d’eux.10,16,17 L’Irgoun a publié cette affirmation en 1947.17
Shaw l’a démentie, à l’époque comme par la suite. Il a engagé des poursuites au sujet d’un livre de 1948 qui la reprenait ; le livre a été retiré et son éditeur a présenté des excuses.16,17 Hoffman date d’avril 1949 la décision de la Haute Cour en faveur de Shaw.17
Clarke qualifie cette histoire de « rumeur sans fondement ». Hoffman conclut qu’aucun avertissement n’est parvenu à Shaw.16,17
Les affiches de l’Irgoun du 23 juillet la qualifiaient de « petite bombe d’alarme qui ne pouvait faire aucun mal », déclenchée « afin que l’hôtel puisse être évacué à temps ».16 Begin a déclaré plus tard qu’elle devait « faire beaucoup de bruit et disperser les gens ».17 Le rapport officiel britannique indiquait qu’elle avait été déclenchée « vraisemblablement comme mesure de diversion ».1
Citant l’officier de l’Irgoun qui avait planifié l’attaque et l’homme qui l’avait dirigée, Clarke écrit que deux bombes placées dans la rue devaient interdire la route aux soldats et aux policiers de part et d’autre de l’hôtel, et que la seconde n’a pas explosé. Il rapporte que la première a attiré le personnel du Secrétariat aux fenêtres situées au-dessus de La Régence.16
Quelques minutes après l’explosion, le commandant de l’armée britannique en Palestine, le lieutenant-général sir Evelyn Barker, rédige un ordre interdisant à ses troupes l’accès à « tous les lieux de divertissement, cafés, restaurants, magasins et logements privés juifs ». Il y est question de « punir les Juifs d’une manière qui déplaît à cette race autant que toute autre manière, à savoir en les frappant au portefeuille ».16
La lettre est rendue publique dans la semaine.14 Le 31 juillet, le gouvernement déclare à la Chambre des communes que « les instructions données par le commandant étaient justifiées », mais qu’il « doit se désolidariser des termes mêmes dans lesquels la lettre est rédigée ».2
L’Exécutif de l’Agence juive se réunit à Paris. Selon le récit de Lapidot, il a décidé le 5 août de mettre fin à la lutte armée contre les Britanniques en Palestine. Clarke, qui situe la réunion un mois après l’explosion, écrit que David Ben Gourion a ordonné à la Haganah de s’abstenir de toute nouvelle attaque contre les installations britanniques.
Le commandement commun avec l’Irgoun et le Lehi s’est disloqué et n’a pas été reconstitué. L’Irgoun et le Lehi ont poursuivi leurs attaques.8,16
Une plaque apposée à l’hôtel, parrainée par la municipalité de Jérusalem, un conseil de préservation du patrimoine et l’association des anciens de l’Irgoun, est inaugurée à l’occasion du soixantième anniversaire. L’ambassadeur britannique et le consul général protestent par écrit auprès du maire, et le texte est modifié.17,18
Selon la transcription que donne Hoffman des deux versions, la première indiquait : « Pour des raisons connues des seuls Britanniques, l’hôtel n’a pas été évacué ». La seconde indique notamment : « L’hôtel n’a pas été évacué et, au bout de 25 minutes, les bombes ont explosé. Toute l’aile ouest a été détruite et, au regret de l’Irgoun, 92 personnes ont été tuées. »17
Pour son propre compte, la page emploie « attentat » et « attaque ». Des mots tels que « terrorisme », « atrocité » et « opération » n’apparaissent qu’entre guillemets ou dans un nom propre, comme les mots de ceux qui les ont employés.
« Palestine » est le nom du pays sous le mandat britannique, en 1946. « Irgoun » désigne l’Irgoun Zvaï Leoumi, aussi appelé Etzel. Le « Mouvement de la résistance hébraïque » est aussi traduit par Mouvement de la résistance juive, ou Mouvement de la résistance unifiée. « Arabe » suit l’usage du décompte de 1946 ; les sources palestiniennes désignent les mêmes personnes comme des Palestiniens.
Ce que cette page n’a pas pu vérifier est omis ou signalé. Elle ne dispose pas de la liste complète des quatre-vingt-onze noms. Les déclarations de 1946 du Haut Comité arabe et les journaux de langue arabe n’ont pas pu être consultés dans leur version originale. Le rapport de police d’août 1946 et les mémoires de Begin sont cités par l’intermédiaire des historiens qui les reprennent.
Les citations de cette page sont traduites des versions anglaises des sources citées ; lorsque l’original était en hébreu ou en arabe, sa formulation exacte peut différer.
12:37 est une série dramatique. Elle respecte cette chronologie. Les vies qui s’y inscrivent sont romancées. Certains personnages et incidents sont des composites, et des dialogues ont été créés pour les besoins de la dramatisation. La série ne se présente pas comme un récit historique de référence et ne prononce aucun verdict moral.
Traduit de l’anglais. La version anglaise fait foi.